NOTES SUR LA CÔTE D’IVOIRE (V)

CHAPITRE TROIS (SUITE)

Le maquis le soir, c’est plutôt sympa. Reste à découvrir ça de jour, et c’est parti le lendemain midi pour une nouvelle expérience culinaire, cette fois à Abobo. Sur le chemin, je découvre la ville de jour. Les commerces en plus grand nombre sont les pharmacies, elles sont à chaque coin de rue, et ont l’air très modernes. J’y entrerais bien pour vous le raconter, mais je préfèrerais ne pas avoir a y entrer. En plus de celles-ci, on retrouve les banques françaises et de grands centres commerciaux. J’avais donc raison, la ville est aussi riche qu’elle le semblait, et toujours aussi propre de jour.

Sur le chemin, on me montre le zoo d’Abidjan, encerclé par la ville. Je me pose quelques questions, notamment : pourquoi les grilles sont-elles grandes ouvertes ? Mais on me jure qu’il est ultra sécurisé. Au début, la ville n’arrivait pas jusqu’ici, puis finalement les Ivoiriens ont trouvé plus simple d’enfermer les animaux là que de les déplacer. Après tout, pourquoi pas… Depuis la route, on peut apercevoir quelques chimpanzés, et on m’annonce qu’un des lions est mort pendant la crise. Oh bah, c’est triste… J’allais demander s’ils ont aussi des girafes et des rhinocéros, et des guépards, et des panthères, mais finalement je m’abstiens. Je ne préfère pas savoir.

Au moins, mes commentaires font rire les Ivoiriens. Et ce n’est que le début ! Je ne sais pas s’ils me trouvent effectivement rigolote, ou si c’est juste le bon vivant africain… Évitons de se poser trop de questions…

Arrivée dans un maquis où la spécialité est la viande de brousse. Chouette, je vais pouvoir découvrir quelque chose d’ultra typique ! Ah ? Du rat ? Vous êtes sûrs…? Tout le monde éclate de rire. On me propose même de manger la queue. Euh, non vraiment, ce n’est pas nécessaire, je ne saurais l’apprécier.

Cette fois-ci, c’est à moi de rire. Un des Ivoiriens, friand de piment, a décidé d’en rajouter dans son plat. C’était sans compter sur le fait qu’il était déjà plutôt épicé. Juste assez à mon goût, exactement comme je l’aime. La viande de rat, elle, par contre, n’est pas particulièrement délicieuse. On essaye de me convaincre que c’est du bon rat, qui vit en forêt et se nourrit simplement de maïs et de graines, qu’il est bien gros et bien organique. Soit, mais même la cuisse n’a pas beaucoup de viande. Enfin, la sauce du ragout était très bonne, et nous avons même droit à une petite chanson sur la fidélité des hommes et femmes, featuring moi-même et un de mes compagnons. Cela dit, la table d’à côté a aussi eu droit à la même chanson… Il faudrait que la troupe pense à renouveler son répertoire !

D’ailleurs, mon compagnon lui s’est délecté de la tête du rat. Je regarde les petites dents de plus près, ouf, ça va, mon repas reste bien calé dans mon ventre. Ah par contre si on la retourne, les yeux c’est vraiment crade.

C’est autour de ce repas que nous abordons le sujet de la famille, une fois un petit coup de fil passé à ma chère mère. Effectivement, on commence par noter que ma mère à l’air très chaleureuse. Je ne suis pas trop sûre de comprendre en quoi ça peut être le cas, vu qu’ils n’entendaient que ma partie de la conversation. Puis on me demande qu’elle âge elle a. Je n’ai pu m’empêcher de glousser, et donc ainsi esquivé la question. Je tente tant bien que mal d’expliquer que chez nous, ce n’est pas un problème que j’habite loin de mes parents. J’ai expliqué que c’est parce que j’ai su les convaincre de ma maturité, et qu’on peut me faire confiance. Raconter ça à des hommes africains semble illusoire, je ne suis pas sûre qu’ils comprennent le sentiment de liberté dont je parle. Comme on m’a dit, « ici tu restes un enfant tant que tes parents sont en vie, même si tu as 50 ans ».

On me reproche de ne pas rentrer tous les weekends, et bien que j’invoque le problème du coût et de la distance, j’ai bien peur que personne ne me prenne au sérieux. On m’a même déjà fait remarquer que « 2 000 euros, pour la grande France ce n’est pas un problème ». J’ai essayé d’expliquer que pour l’économie de la France, ça ne signifie certes rien, mais pour moi, ça ferait tomber mon compte à près de –1 900 euros.

Ils ont ri. Certes, quand on s’appelle Bourgeois, tout le monde s’imagine que bientôt la fortune de la famille sera mienne.

La prochaine fois que je viens en Afrique, je change de nom au préalable !

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