NOTES SUR LA CÔTE D’IVOIRE (IV)

CHAPITRE TROIS : A LA DECOUVERTE DES MAQUIS

Si une chose est sûre, c’est que voyager creuse l’appétit. Si une deuxième chose est sûre, c’est que je suis une grande gourmande. Et une grande gourmande affamée, friande de nourritures du monde entier, ça va de suite découvrir ce que le pays a à offrir.

Malgré l’heure tardive, nous allons de suite chercher à manger. Je crois que mes deux camarades ont encore plus faim que moi… Direction un maquis proche. Maquis. Non, je ne vous parle pas de la végétation. Imaginez-vous la terrasse d’un café parisien, mais retirez la foule, le sentiment d’être pressé, le garçon qui coure de gauche à droite. Ajoutez un barbecue, diminuez la hauteur des tables et des chaises, mettez-vous dans la pénombre et vous avez un maquis. Oubliez les voitures, qui sont soit inexistantes, soit cachées derrière une palissade. Jetez au loin les bâtiments environnants. Profitez de l’atmosphère tranquille. Attendez-vous à attendre longtemps votre plat : service rapide, mais nourriture fraîche préparée spécialement pour vous.

La bière locale est fraîche et bonne, servie dans de grandes bouteilles. On trouve aussi de la Guinness, très prisée des Ivoiriens, mais personne ne me convaincra d’en boire, pas ici. Ni ailleurs, en fait.

Il commence à faire très faim, mais heureusement mon ventre n’a pas encore eu l’idée de partager cette information avec les autres, il se tient bien, reste discret. Je vois d’autres personnes arrivées après nous se faire servir, mais je préfère ne rien dire. Après tout, j’ai dit que l’on doit retirer le sentiment d’être pressé !

De toute manière, l’attente en valait la peine. Brochettes de viande et poisson braisé, un vrai délice. Depuis, je n’ose plus dire que je n’aime pas le poisson.

En Côte d’Ivoire, on mange avec les mains. Enfin, avec la main. Droite pour etre précise. On a le droit d’utiliser sa main gauche de temps à autres, si on ronge un os, pour cracher un morceau immangeable, mais c’est tout. Vu qu’un tiers du pays est musulman, cela ne m’étonne pas. Ce qui est trop mignon, c’est qu’en contraste avec l’Inde, on se lave d’abord les mains avant de manger. Oui oui, on nous apporte du savon, et deux bassines d’eau (tiède même !), pour se laver et se rincer les mains. Si on est prévoyant, on a même pensé à prendre des mouchoirs pour se les essuyer. Me connaissant, je suis bonne pour remercier mes compagnons, qui eux y pensent à chaque fois.

Quand on s’appelle Marine et qu’on découvre ce système ingénieux, il faut surtout faire très attention à ne pas envoyer gicler du savon dans la nourriture. Je ne suis pas encore sûre de maîtriser la technique ; j’espère qu’on ne m’observe pas du coin de l’œil…

D’ailleurs, quand on s’appelle Marine, on nous apporte aussi des fourchettes. Comme on m’explique que normalement tout se mange avec les mains, je décide de les snober. A la guerre comme à la guerre ! Euh non, à Rome, fais comme les Romains. En plus, parfois je me trouve plutôt gourde avec une fourchette, je pense que dans le noir, c’est plus simple avec les doigts. C’est parti !

Si une dernière chose est sûre, c’est que la Côte d’Ivoire ne déçoit pas en matière culinaire. A condition de faire attention aux arêtes, longues de plusieurs centimètres et tranchantes comme des sabres, on se régale. A vrai dire, on m’a aidé. J’ai eu droit à la chair du poisson, décortiquée par le soin de mes hôtes et déposée directement dans mon assiette. Je découvre aussi qu’on crache délicatement les arêtes sur la table, ou bien qu’on les rassemble en un petit tas collectif. On m’explique gentillement le principe de la « révision ». c’est pour les plus expérimentés, pour ceux qui sont capable de manger un poisson comme dans les cartoons : on met tout dans la bouche d’un coup et on en ressort le squelette entier, tout propre. Enfin, j’exagère peut être un peu, c’est juste le nom qu’on donne au fait d’aller chercher la chair jusque dans le moindre recoin. Je ne doute pas qu’ils soient capable de la faire comme dans les cartoons, cela dit.

Par contre, dans le noir, on ne sait pas toujours ce qu’on mange. Autant l’attiéké, la semoule de manioc, est vite repérable, autant les piments non. C’eut été bien qu’on me prévienne avant que je n’en gobe un entier… Heureusement dans le noir on ne voit pas que j’ai la figure toute rouge !

C’est ce moment qu’ils choisissent pour m’expliquer que les piments ivoiriens sont très chauds, durent en général une petite quinzaine de minutes. Vais-je pouvoir tenir ?

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