NOTES SUR LA CÔTE D’IVOIRE (III)

CHAPITRE DEUX : LA ROUTE

Dehors, la chaleur et l’humidité sont étouffantes, les militaires sont partout. Toute mon éducation et la télé me disent qu’il n’arrive rien de bon lorsqu’on voit des hommes noirs en uniforme kaki.

Première voiture garée devant l’aéroport : 4×4 blanc avec sur le côté un gros « UN ». Les autres sont oranges, il s’agit des taxis. Tant bien que mal, je me hisse dans notre 4×4. Il ne faut vraiment pas être petit pour grimper dans cette voiture ! Un 4×4 certes, mais pas un des plus grands non plus. Sur la route, je fais le chien, la tête par la fenêtre. Le vent frais fait du bien mais j’en profite surtout pour tout observer. Je regarde les passagers des autres voitures, leurs habits, combien ils sont, le décor, ou du moins ce que je peux en voir : le soleil se couche tôt ici… Je prends note des belles voitures, des moins belles, des taxis qui menacent de laisser traîner quelque partie de leur moteur après leur passage. Les gens ont l’air de suivre le code de la route, même si par moments nous sommes quatre voitures de front pour trois voies.

Je dévisage le pays afin de déterminer ce qu’il en est. On croisera quelques autres voitures taguées « UN », dont une avec des matelas pliés dans le coffre. Les conducteurs en général sont des hommes, mais les femmes ont aussi leurs voitures. Souvent des femmes visiblement riches. Je me rends compte qu’une fois l’enceinte de l’aéroport quittée, le nombre de blancs diminue rapidement. Au bout d’une dizaine de minutes, nous ne sommes plus que moi et mon reflet dans le rétroviseur. Je décide donc d’en faire un jeu « repérer le blanc et se demander pourquoi il est là, lui ».

Nous suivons la lagune jusqu’aux 2 Plateaux. Force est d’admettre que les compagnies françaises sont partout : Total, et leurs stations essence (bien que j’ai surpris OilLybia aussi), Orange qui se vante d’offrir le Wifi dans tous nos endroits préférés de la ville, Renault et Peugeot qui se battent pour la suprématie des voitures. Même les panneaux routiers sont comme ceux que l’on trouve en France.

Sur le chemin, je suis sidérée par la propreté de la ville. Pas le moindre déchet au sol, dans les caniveaux, ou même en bord de route. Visiblement, l’Inde était vraiment aussi sale qu’on le dit, et l’Asie du Sud Est sa grande rivale. Pourtant, la ville garde quelque chose d’indien… L’architecture est très similaire, et la typographie à même les murs des magasins est identique.

Mais Abidjan reste tout de même très loin de l’Inde, ici les différences entre revenus se font ressentir beaucoup plus fortement. Les belles voitures côtoient d’autres qui manquent de tomber en miettes à chaque nid de poule. Pis encore, les vélos et mobylettes sont quasi-inexistants. C’est donc pédibus pour ceux qui ne peuvent s’offrir le trajet en taxi. Et ils sont nombreux. Mais pédibus ingénieux : l’Ivoirienne marche lentement, transportant son bébé dans le dos et son panier sur la tête, et l’Ivoirien court, se rythmant en tapant des mains comme un métronome ayant la capacité de faire une mélodie. A les voir courir ainsi, malgré la chaleur, tout en parlant avec des amis, on comprend de suite pourquoi les blancs n’ont aucune chance en athlétisme.

La route est longue, il me vient à l’esprit qu’Abidjan n’est pas une ville mais une métropole. Bien que je ne sois pas sûre de la taille de la ville, je me dis que courir à un sens, ça prendrait trop de temps à pied. J’aperçois quelques arrêts de bus, tous visiblement abandonnés vu l’heure tardive. Abidjan me paraît vide.

Vide, oui enfin pas vraiment, nous sommes pris dans un embouteillage monstre à cause d’un accident. La tête du mauvais côté de la voiture, je ne m’en suis pas rendu compte jusqu’à ce que je me demande pourquoi nous allions si vite tout à coup. L’ambulance était à gauche.

L’ambulance. De ce que j’en ai vu, elle m’a paru neuve. Abidjan, bien que peu offrante en matière d’édifices et de secteur tertiaire, donne tout de même l’impression d’être une ville riche. On sent aisément l’opulence d’une certaine classe de la population. On ressent aussi certainement ce qu’on m’avait dit « la Côte d’Ivoire est un pays qui a prospéré plus que ses voisins, on ne voyait pas l’utilité de sortir du pays, nous avions tout ! »

C’est certainement ce qu’on en voit aux 2 Plateaux, quartier résidentiel ultra protégé. Lorsqu’on se présente à mon hôtel, c’est presque s’il ne faut pas donner un mot de passe au gardien pour pouvoir entrer. N’en connaissant pas, je m’amuse à me dire que mon sourire ouvre toutes les portes ici.

Sourire que je perds bien vite lorsque je me rends compte que je partage la salle de bain avec une araignée, et que bien qu’elle soit toute plate, elle n’a pas été écrasée comme je le pensais. D’ailleurs, elle bouge même très vite… au secouuuuuuuuuuurs !

Réfugiée dans le salon, je me dis que la pauvre araignée n’a pas mérité d’être harcelée, et encore moins la mort. Je décide donc de la laisser tranquille, la porte de la salle de bain bien fermée.

C’est mon côté Bouddiste.

J’ai une petite pensée pour ma sœur, grande arachnophobe, et me demande bien comment elle aurait survécu ici sans son chéri, grand chasseur d’araignées en dehors des heures de travail (et peut être même durant).

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s